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MONSEIGNEUR MICHEL CARTATEGUY ARCHEVÊQUE DE NIAMEY TEMOIGNE SUR SA MISSION AU NIGER

UN TRAIT D'UNION ENTRE LES CATHOLIQUES ET LE PEUPLE MUSULMAN

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" Le Père Michel, a tout donné pour l'homme. Il est pour moi un modèle". Ainsi témoigne un psychologue Nigérien pour enfants, dans la revue " L'appel de l'Afrique " paru en septembre 2008. "Si je n'étais pas musulman et marié, je me serais engagé dans le même chemin que lui", écrivait encore l'éducateur de rue, Idrissa Amadou.
          Aujourd'hui, Archevêque de Niamey, au Niger, le Père Michel Cartateguy, Missionnaire de la Congrégation des Missions Africaines, est né à " Gorriatea ", voici 58 ans, dans une ferme du quartier Hasquette, à Hasparren. Il répond à nos questions.

Quel a été le cheminement de votre réflexion pour choisir d'exercer ce ministère en Afrique ?

"Dans les années 60, un groupe de jeunes très sympathiques était venu passer quelques jours, dans la maison voisine de " Onddonia ". Je me suis senti bien en leur compagnie. En fait, il s'agissait de séminaristes qui s'apprêtaient à partir pour l'Afrique. Ils étaient accompagnés d'un père missionnaire qui, de ce moment, m'a suivi, dans ce qui allait être ma vocation . C'est donc ainsi que j'ai opté  pour le service de l'Eglise en Afrique. J'ai débuté mes  études à Baudonne et St Louis Villa Pia, puis à Lyon,  pour terminer à Paris, où j'ai beaucoup travaillé, comme éducateur dans le milieu Maghrébin. Je voulais connaître cette religion sur le plan pratique et rentrer en dialogue avec elle."

Les missionnaires étaient-ils bien accepté en Afrique ?

" Lorsque j'ai pris la décision de partir pour le continent Africain, c'était une époque où la mission était contestée, parce qu'il subsistait quelques réminiscences envers les missionnaires (dits colonisateurs),  non pas de la part  des peuples autochtones Africains qui accueillaient les missionnaires à bras ouverts, mais par la classe intellectuelle du microcosme parisien qui  contestait la présence de cette présence Missionnaire. Nous, nous disions qu'il y a une autre présence aujourd'hui, plus ouverte à d'autres religions. Non pas pour imposer sa religion mais pour comprendre et aimer une autre religion; c'est aussi un chemin de l'évangélisation.  J'aurais pu continuer dans ce milieu maghrébin dans les 19e et 20e arrondissements de Paris, pour bien faire comprendre que l'Afrique est à notre porte aujourd'hui; j'aurais pu continuer comme prêtre dans ce milieu-là, mais notre Congrégation a été créée pour servir en Afrique, donc j'y suis allé. Toutefois,  j'ai demandé à être envoyé dans un Pays musulman.  Pourtant, il n'y a aucune similitude entre la religion catholique et musulmane; la conception de Dieu est totalement différente. Les musulmans ont une vision d'un Dieu superpuissant, inatteignable, tandis que le Dieu Catholique nous est proche; il s'est même incarné pour l'homme ".

Quelle est la place de l'Eglise Catholique dans ce pays musulman ?

Cliquez pour agrandir l'image"Les missionnaires qui sont dans le Niger, depuis maintenant 80 ans, ont toujours été très respectueux de la religion musulmane. Ils n'ont jamais imposé quoi que ce soit et même pas proposé. Ce sont des missionnaires qui se sont mis tout de suite au service  de l'ensemble de la population, à travers des projets de développement. Petit à petit, nous avons été reconnus et aimés, si bien qu'aujourd'hui, le terrain étant bien préparé, nous n'avons pas de problèmes avec ce peuple musulman.  Au Niger, il y a deux diocèses: l'Archevêché  de Niamey et l'évêché de Maradi, distants de 600 km, avec, au total, 45 prêtres et 110 religieuses. Les religieuses plus nombreuses, vivent en communautés; elles ont souvent la charge des écoles, des dispensaires, centres de promotions humaines, hôpitaux etc. et de ce fait, sont plus directement en contact avec la population. Je suis en constante recherche de prêtres. Actuellement, je vais en Italie pour cela; ce n'est pas facile de recruter, car les prêtres ont du mal à concevoir leur ministères dans un Pays où il n'y a pas de communauté chrétienne et pas d'espérance d'en voir non plus."

Y at-il une  influence des intégristes musulmans au Niger ?

"Aujourd'hui, il y a un courant intégriste islamiste qui vient de l'Arabie saoudite, du Nigeria ou de la Libye par exemple et qui n'accepte pas la présence des chrétiens; des jeunes, formés ailleurs, et qui veulent une république islamique. Même au Niger, nous avons une université islamique. C'est un phénomène nouveau qui a débuté depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui, on observe  des manifestations de femmes, toutes voilées, qui s'opposent à l'égalité entre l'homme et la femme; elles disent  ne pas en vouloir, affirmant que l'égalité entre les hommes et les femmes est une conception européenne ".

Quelles sont les ressources du Niger ?



" Le Niger est un des deux pays le plus pauvre du monde, mais qui a de l'uranium; il y a aussi du pétrole, non exploité et de l'or, exploité artisanalement. Aujourd'hui, un contrat vient d'être signé avec la Société Française AREVA pour l'extraction de l'uranium. Avec un PNB de 222 € par habitant, le Niger est un pays d'Afrique subsaharienne, en voie de développement, dont 80% de la population est constitué d'agriculteurs et d'éleveurs."

                  (_cliquer sur la photo_ pour consulter quelques statistiques concernant le Niger)

Quel sont vos rapports avec les autorités locales et musulmanes ?

Cliquez pour agrandir l'image"A Niamey je suis  considéré comme un homme de foi, à qui on demande conseil, au même titre qu'à l'Iman, bien que, sur 14 000 000 d'habitants, il n'y ait que 25 000 chrétiens (1%), dont 5 000 autochtones, les autres venant des pays limitrophes. Lorsqu'il y a un problème politique, l'Archevêque fait partie du conseil des grands témoins comprenant : le grand Iman de la grande mosquée de Niamey, le Sultan d'Agadez et l'Archevêque de Niamey. L'usage veut, que ce dernier soit reconnu comme un homme de Dieu, à qui on demande conseil.  A chaque fête Musulmane, je délivre un message à la radio, (voir document joint ici), appelant à la paix et à l'unité, en souhaitant une bonne fête à la Communauté musulmane. Les dignitaires musulmans en font autant pour les fêtes religieuses chrétiennes ".

lettre pastorale

En quoi consiste le volet humanitaire de votre mission ?

" L'action des missionnaires est matérialisée par les " Caritas ", qui sont des projets de développement, où travaillent environ 300 personnes : forages de puits, coopératives, formation aux techniques agricoles etc. Les prêtres sont très engagés dans cette structure émanant de la paroisse. Ils se sont aussi beaucoup investis comme bergers, ou dans des exploitations agricoles communes. Notre foi se manifeste à travers le service rendu à ce peuple musulman d'Afrique. L'amour de Dieu passe aussi par l'amour des autres. Mes fréquentes visites en Europe consistent à recruter des prêtres et collecter des fonds, afin de soutenir l'Eglise du Niger et son projet de développement. Je suis  beaucoup aidé en cela, par les églises d'Allemagne et d'Italie, ainsi que par les Caritas d'Amérique et d'Europe (Allemagne, Luxembourg, Belgique, Autriche et Danemark). Ceux-ci perçoivent de l'argent de leur gouvernement pour cette aide spécifique. La Commission Européenne finance également des projets, mais paradoxalement, nous ne sommes pas soutenus par l'Etat français, qui se retranche derrière son statut de laïcité. Toutefois, ponctuellement, par le biais de son ambassade, dans le cadre d'une construction d'école par exemple, la France peut nous accorder une aide à la Francophonie, mais ceci reste dans le domaine du compliqué. Par contre, des associations comme le Secours Catholique et le CCFD, soutiennent financièrement l'église du Niger. Actuellement, le CCFD va prendre en charge la défense des détenus qui sont en prison, depuis 10 à 15 ans et qui n'ont jamais été jugés. Les fonds recueillis serviront à engager un avocat. "

"J'APPARTIENS A CETTE TERRE D'AFRIQUE!"

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A chaque voyage en Europe, Mgr Michel Cartateguy passe 15 jours à Hasparren, avec les siens. Il aime son Pays Basque et marcher dans ses montagnes. " Mais j'appartiens à cette terre d'Afrique qui m'a adopté", disait-il, avant de poursuivre : " Il y a 10 ans, lors de mon ordination épiscopale, quand j'étais prosterné, les gens m'ont mis une couverture dessus ; c'est un rite de mariage, qui voulait dire, qu'à partir de ce moment-là, j'appartenais à ce peuple et cette terre d'Afrique. "

Propos recueillis par  Jean Arotçarena (juin 2009)
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Au mois de février 2009, le Cardinal Roger Etchegaray s'est rendu au Niger afin de visiter quelques Communautés chrétiennes, les autorités locales et des frères musulmans.
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                                        Un bol d'air de fraternité et d'espérance!

HOMMAGE  A Mgr MICHEL CARTATEGUY - SYNODE AFRICAIN OCTOBRE 2009

                                          Le synode salue l'engagement de l'archevêque de Niamey, au service de la réconciliation dans son pays.
           
La deuxième session du synode s'est tenu en présence de Benoît XVI lundi après-midi, 5 octobre, pour la lecture en salle des rapports sur les relations entre les différents continents et l'Afrique et le rapport de Mgr Monsengwo sur la réception de l'exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II, de 1995, " Ecclesia in Africa ".
               
Le secrétaire général, Mgr Nikola Eterovic, a annoncé que certains pères synodaux étaient absents pour cause de maladie.
Mais il a aussi signalé l'absence de l'archevêque de Niamey, au Niger, Mgr Michel Christian Cartatéguy, S.M.A., engagé " dans une médiation pour la réconciliation ", " en collaboration avec l'Imam de la mosquée de Niamey et le sultan d'Agadez ", à propos de " la grave situation politique " qui a éclaté entre le gouvernement et l'opposition du pays.
             
C'est ce que l'archevêque a lui-même annoncé dans une lettre adressée au secrétariat général du synode.
Mgr Eterovic a fait observer qu'il s'agit, " pour l'Église, d'une grande consolation de savoir que l'évêque d'un diocèse comptant 18.000 catholiques (0,18%), a un si grand prestige moral " et qu'il participe " avec l'imam et les autres chefs religieux, à la médiation pour la paix dans le pays. "

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